Rencontre avec Nicolas DYON, préparateur physique du FC LUGANO

BONJOUR NICOLAS, PEUX-TU TE PRÉSENTER ? 

Bonjour je suis préparateur physique dans le football depuis 1999. Après avoir fait mes études à la faculté des sports de Dijon (maîtrise staps) sous la responsabilité de Messieurs Cometti et Gacon, j’ai rejoint le centre de formation de ASSE oú j’ai passé 2 saisons très enrichissantes. En octobre 2001 Frédéric Antonetti est arrivé au club et m’a demandé de collaborer avec lui. Par la suite, nous avons travaillé 11 années ensemble : 3 années à ASSE / 4 années à l’OGC NICE et 4 années au STADE RENNAIS FC. Entre temps, j’ai occupé les mêmes fonctions avec l’équipe nationale du Qatar et une équipe de 1 ère division des Émirats arabes Unis. Mais depuis 2015 j’ai dû (par nécessité) m’exporter pour trouver du travail. J’ai rejoint le championnat Suisse :  2 saisons aux Grasshoppers Club Zurich 2015-2017 et depuis cette saison au FC Lugano (club avec lequel nous venons de vivre une belle épopée en poule d’Europa League UEFA, éliminés malgré 3 victoires et 9 points récoltés)

 

SELON TOI ET D’APRÈS CE QUE TU AS PU VOIR JUSQUE LÀ, QUELLES SONT LES EXIGENCES PHYSIQUES DU POSTE DE GARDIEN DE BUT ?

Les exigences physiques du GB sont multiples selon moi et pas encore toutes explorées.
Bien évidemment celles qui me viennent à l’idée en premier sont :

• l’explosivité ou la capacité à contracter rapidement ses fibres rapides
• la force maximale pour le jeu aérien notamment
• une qualité de force aussi importante en force de poussée verticale qu’en force de poussée horizontale
• la vitesse gestuelle ou la qualité du système nerveux à analyser le stimulus et adapter dans un très court la réponse motrice
• l’agilité et la souplesse
• une symétrie de puissance musculaire entre la jambe gauche et la jambe droite

Mais je crois aussi à :

• une bonne VMA ou la capacité à répéter les efforts pour maintenir un bon niveau de concentration tout au long du match. (J’aime beaucoup quand les GB font une partie de l’avant-saison avec l’équipe)
• des temps de contact / de poussée importants et répartis sur la partie avant des plantes de pied
• l’entraînement des muscles oculaires (selon moi on leur accorde trop peu d’importances car au même titre que les autres muscles il faut solliciter leurs fibres rapides et stimuler leur vitesse de contraction)

 

COMMENT TRAVAILLER ET DÉVELOPPER CES CARACTÉRISTIQUES PHYSIQUES ?  

Je crois qu’il faut se créer sa propre cuisine. On peut facilement placer toutes ses dominantes dans un cycle d’un mois voir je dirais même dans un cycle d’une semaine. Il faut juste rentabiliser chaque moment de la journée. 

Exemple :
• activation des muscles oculaires avant le pré-échauffement en salle
• explosivité en salle en guise de pré-échauffement
• cœur de la séance : explosivité et vitesse de réaction en spécifique sur le terrain
• après la séance : exercice de souplesse avec posture et exercice d’agilité.
• séance individuelle l’après-midi de force maximale.
• et enfin lendemain de match en récupération possibilité de faire un travail aérobie (VTT / footing / intervalle)
Bien sûr il faut quantifier toutes ces thématiques pour garder un équilibre. Mais chaque thématique peut correspondre à un exercice de 20 minutes. Pas besoin d’y consacrer une séance complète de 2 heures.

 

Y A T IL DES ÉTAPES À SUIVRE DANS LA CONSTRUCTION PHYSIQUE DES GOALS ? 

Le gardien doit analyser vite / décider vite / programmer vite / agir vite.
Cette notion de vitesse est selon moi au centre de la réflexion. Malgré cette nécessité de calme de sang-froid.
Donc cette opposition est paradoxale et difficile à entraîner.
Je pense qu’il faut respecter le profil physique du gardien et avoir une bonne analyse. Quel est son profil morphologique ?
Quelle est sa qualité forte ?
Quelles sont ses lacunes physiques ?
Le fait de consacrer la plupart du temps à développer ses défauts ne va-t-il pas faire régresser sa qualité forte?

QUELLES SONT LES ERREURS À NE PAS COMMETTRE ? 

Selon moi c’est la même chose que pour les joueurs de champs. Il faut s’entraîner à grandes intensités. ENTRAINEMENT QUALITATIF plutôt que QUANTITATIF.
Je reste persuadé que le cerveau et l’organisme mémorise les intensités d’entraînement ce qui rend les efforts beaucoup moins énergisant avec cet ENTRAINEMENT à haute intensité.

 

AS-TU VU UNE ÉVOLUTION PHYSIQUE DES GARDIENS CES DERNIÈRES ANNÉES ?  

Je les trouve de plus en plus fort musculairement voir massif.
Il ne faudrait pas que ceci influe la vitesse gestuelle et la souplesse agilité.
En terme d’explosivité des jambes je crois que depuis plusieurs années les staffs travaillent bien et cette qualité n’a pas subi une grande évolution. La pliométrie est arrivée dans les contenus d’entraînement dans les années 90 et a permis le développement de cette qualité.
J’ai pu assister en 1996 à la faculté de Dijon aux tests physiques de la Juventus de Turin. Ce jour-là j’ai ouvert les yeux sur la vitesse et l’explosivité chez le gardien de but. Car Peruzzi (à l’époque GB de la Juve) avait remporté le test de vitesse sur 10 mètres arrêtés avec les 25 autres joueurs de l’effectif !!!!

COMMENT VOIS-TU LE GOAL DU FUTUR ?  

Je pense qu’il y’a encore d’autres axes de travail physique. Peut-être en s’inspirant de ce que font les gardiens de handball :
• développer la vitesse de main / de bras / de pied sur les arrêts
Ou les gardiens de hockey sur glace :
• malgré l’adversité malgré la vitesse des adversaires : être capable d’opposer un maximum de masse musculaire et ceci rapidement.

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